Formidable, fort minable ... (Joan Charras-Sancho)

11/05/2015 17:28

(prise de position après la décision de l'Assemblée de l'Union de surseoir à toute décision concernant l'ouverture des bénédictions nuptiales aux couples de même sexe)

7 juillet 2014, 16:29

 

L’Eglise protestante et le mariage gay : formidable ou fort…minable ?

La trentenaire que je suis en est réduite à fredonner l’un des tubes de Stromae à la lecture de la résolution de l’Assemblée de l’Union de fin juin, d’autant que le malaise s’accentue au vu des documents complémentaires mis en ligne[1]. De mon point de vue, on oscille entre le formidable et le fort minable et c’est bien parce que je suis attachée à mon Eglise, don du Christ pour témoigner son Evangile sur cette terre, que je vous partage mes critiques en trois points, qui résument finalement les trois champs à labourer ensemble pendant les trois longues années de discussion qui se profilent devant nous. Que Dieu nous soit en aide !

 

 

L’avis de la Communion Protestante Luthéro-Réformée, ce boulet !

Oui, vous m’avez bien lu. Cet avis, qui ne devait être qu’une première réflexion et qui devait servir à approfondir la discussion en paroisse après 2004, est un boulet que nous sommes en train de nous traîner.

 

Il s’appuie sur un large dossier qui fut rédigé sans inclure directement les personnes concernées ! Mais de quelle pluralité et de quelle légitimité parle-t-on là, en 2014 ? D’autant que le document s’appuie en partie sur des données psychanalytiques clairement discriminatoires envers les personnes LGBTI, bref : faut-il vraiment retenir l’avis issu d’une consultation se basant sur un tel dossier ? Qui date de plus de dix ans ? Quand va-t-on réaliser que ce type de démarche, un mix subtil entre psychologie de comptoir, ignorance des réalités des personnes concernées et de leur parole et accueil condescendant de ces « frères et sœurs malgré tout aimés inconditionnellement », est une forme de violence implicite ? Qui aura le courage de faire table-rase et de réaliser à quel point on passe à la périphérie de la parole de celles et ceux dont on dit qu’on les accueille

« inconditionnellement » ?

 

Si je trouve formidable qu’on veuille reprendre l’intention d’accueillir inconditionnellement les personnes LGBTI sur la base de l’avis de la CPLR, je trouve fort minable qu’on lui donne un tel statut. C’est un avis qui a mal vieilli et qui n’a pas de légitimité particulière dans cette discussion. Passons à autre chose !

 

 

La qualité si particulière des débats : la parole s’est déchaînée !

Voilà un point qui me stupéfie. Je lis un peu partout que la qualité des débats a été remarquable, que la consultation en paroisse a permis à chacun de s’exprimer. Vous savez ce qui a été remarquable ? C’est que les associations de personnes LGBTI, que les personnes homosexuelles dans l’Eglise et que leurs proches aient été à ce point iréniques. Parce que soyons clairs et honnêtes : pour avoir été à de nombreux débats, pas un ne s’est déroulé sans que la question de la « maladie » des personnes LGBTI ou de leur « psychologie » n’ait été abordée d’une façon ou d’une autre. A quatre reprises aussi, une personne s’est levée dans la salle pour parler de « zoophilie, pédophilie, polygamie », mettant ainsi très mal à l’aise les rares personnes concernées qui avaient osé venir dans l’assistance. Enfin, par deux fois, j’ai entendu que les personnes homosexuelles n’ont qu’à venir, comme tout le monde, pourquoi veulent-elles un accueil particulier ?

 

Si je trouve formidable d’avoir permis une telle consultation, je trouve fort minable que l’Eglise, à aucun moment, ne sache reconnaître publiquement qu’elle est malade de son homophobie. Ensemble, on trouverait un remède et ce serait le début d’une grande libération. Encore faut-il l’admettre.

 

 

La place des jeunes, ce grand tabou.

Où sont les jeunes ? Quels jeunes ont donné leur avis dans cette consultation express de début février à fin avril ? Qui cela concerne-t-il d’abord ? Aux débats auxquels j’ai assisté, il y avait parfois un ou deux jeunes, des enfants de pasteurs, ou des amis à moi lorsque j’intervenais. Leur témoignage, leur ouverture étaient précieux. Pour eux, l’accueil inconditionnel, c’est leur pain quotidien au lycée, à la fac, au travail, où les jeunes gens parlent sans tabous et sans étalage non plus de leur vie privée. Sauf bien évidemment là où ils et elles risquent d’être discriminées…à l’Eglise ?

 

Les jeunes ont donc globalement été les deuxième grands absents de la consultation et pour cause, comme me le disait un fils de pasteur récemment : « Excuse-moi Joan, ça doit être super ce que tu as à partager mais je sens que les gens vont dire des trucs méchants, ça va m’énerver et moi je ne vais pas à l’Eglise pour m’énerver avec les gens. »

 

C’est formidable de dire qu’il faut faire de la place aux jeunes et c’est fort minable de ne pas entendre ce qu’ils ont à nous dire concernant l’accueil inconditionnel, eux qui n’ont pas besoin qu’on le leur explique !

 

Prières et actions.

Je termine en remerciant le Seigneur pour la démocratie en France et dans mon Eglise, pour cette culture du débat qui s’amorce et pour le nombre grandissant de personnes qui ouvrent les yeux sur les discriminations et les mécanismes discriminatoires. Cela dit, j’exhorte chaque lecteur et chaque

lectrice à une véritable metanoia afin que l’accueil inconditionnel ne soit pas l’affaire d’une bande d’activistes progressistes bien pensants (je m’inclue)

mais une démarche de laquelle débouche des actes concrets, un engagement visible et une vraie inclusion des personnes lgbti, des jeunes et de toutes

celles et tous ceux dont on dit qu’on prie pour que le Christ les accompagne. Une fois notre prière finie, saurons-nous les accueillir sans les juger ? Telle est ma requête : je vous la confie.

 

[1] http://www.uepal.fr/Actualites/General/assemblee-de-lunion.html

 

Joan Charras Sancho, doctorante et animatrice du Carrefour Chrétien Inclusif

 

 

 

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