Mais d'où vient l'homosexualité (Frédéric Daesslé)

11/05/2015 17:07

7 avril 2014, 01:23

Mais d’où vient l’homosexualité ?


 

 


Cette question revient fréquemment dans les débats, tant il est vrai que pour débattre de façon constructive il convient justement d’avoir un minimum de prérequis. Mais si cette question est encore si courante aujourd’hui dans notre société, c’est bien qu’il persiste des incompréhensions, des méconnaissances, des tabous, préjugés ou encore idées reçues sur l’orientation sexuelle.


Je reformulerais donc tout d’abord la question ainsi : d’où viennent les sexualités ?

 

 


En effet, longtemps l’hétérosexualité a été considérée comme la norme sociale de la sexualité humaine. (1) On constate cependant que cette norme est extrêmement variable en fonction des époques et des ethnies. Il existe « une alternance dans l'histoire de périodes de répression extrême succédant à des périodes de tolérance ou même de glorification de l'homosexualité. Ce terme ne date d’ailleurs que de 1890 et, avant, nul n'avait songé à établir une différence nette entre les comportements sexuels. » (2)


Dans l'Antiquité, par exemple, l'homosexualité est banale, voire considérée comme préférable.

 

La sexualité en effet n’est pas normée. Elle répond à des critères biologiques, physiologiques et psychologiques qui échappent à toutes normes.


C’est la norme sociale qui va en quelque sorte imposer une sexualité unique comme référence.

 

 


L’éthologie nous montre bien ce paradoxe avec l’exemple du comportement sexuel des animaux.


Ainsi, de nombreuses espèces animales non humaines ont des pratiques homo-érotiques: les oiseaux, les bonobos (très proches génétiquement de l’homme), les dauphins, orques, lamantins, girafes, lions, macaques, chiens, manchots… En 2005, six manchots de Humboldt mâles du zoo de Bremerhaven (Allemagne) avaient défrayé les chroniques en formant trois couples homosexuels et en "adoptant" des cailloux comme œufs. Les instances du zoo avaient essayé d'introduire des manchots femelles pour qu'ils s'accouplent mais les couples homosexuels se sont maintenus. Des cas similaires ont été observés, comme deux manchots nommés Wendell et Cass au zoo de New York.

 


Cependant la dimension des affects humains est d’une plus grande complexité.


 

L'orientation sexuelle décrit un mode durable d'attirance (émotionnelle, romantique, sexuelle, ou une combinaison de tout cela) pour le sexe opposé, le même sexe, ou les deux sexes, et les genres qui vont avec. Ces attirances sont généralement décrites comme l'hétérosexualité, l'homosexualité, et la bisexualité. L'asexualité (l'absence d'attirance sexuelle pour les autres) est parfois identifiée comme la quatrième orientation.


Certains auteurs privilégient d’ailleurs le terme d’homophilie ou hétérophilie, plus représentatif de la dimension holistique qu’implique une orientation sexuelle, ne pouvant se résumer au seul rapport physique.

 

C’est le Pr Alfred Charles Kinsey (3,4,5) qui ouvra la voie de la sexologie clinique à la fin des années 40, en réalisant de nombreuses études sur les comportements et l’orientation sexuelle.


Dès lors, il établissait la pluri sexualité humaine et démontrait qu’il n’existait non pas UNE sexualité mais DES sexualités.

 


 

L'échelle de Kinsey, comme l'ensemble des travaux de l'auteur, montre qu'en termes d'orientation sexuelle, « tout n'est pas blanc ou noir ». Le désir ou les expériences amoureuses ou sexuelles ne sont pas nécessairement polarisées selon un unique axe hétérosexualité - homosexualité. Si le degré d'attirance pour un sexe ou l'autre peut varier, on parlera de « bisexualité » dès lors qu'il y a attirance pour les deux sexes, même si l'un prédomine sur l'autre.


Les travaux pionniers de Kinsey furent repris par la suite par William Masters et Virginia Johnson, qui confirmèrent dans les années 80 la pluralité des orientations sexuelles humaines. (6)

 

Considérée jadis comme une maladie, l’homosexualité a été retirée des pathologies psychiatriques depuis 1973 aux USA et 1987 en France (retrait du DSM en 1987 et du CIM de l’OMS en 1992).


 


Le Dr Malick Briki, psychiatre au CHU de Besançon, souligne qu’«il n’y avait pas de théorie scientifiquement valable pour classer l’homosexualité au rang de pathologie: quelques cas cliniques isolés et des théories qui n’avaient rien d’empirique avaient servi de paradigme scientifique aux psychiatres pendant plus d’un siècle»


«L’homosexualité n’aurait jamais dû être répertoriée comme une maladie, la considérer comme telle c’était stigmatiser les homosexuels», rappelle le Dr Briki. «Ce diagnostic a renforcé l’homophobie. L’homophobie peut-être sociale, familiale ou intériorisée par les homosexuels ce qui les amène à se rejeter eux-mêmes et peut conduire à la dépression de soi voire à des tentatives de suicide.» (7)

 


Dans le Préambule des Principes de Jogjakarta, document sur le droit international des droits de l'homme, l'orientation sexuelle est comprise comme faisant référence à la capacité de chacun de ressentir une profonde attirance émotionnelle, affective et sexuelle envers des individus de sexe opposé, de même sexe ou de plus d'un sexe et d'entretenir des relations intimes et sexuelles avec ces individus.


 


Une nouvelle enquête sur la sexualité des Américains publiée en 2010 dans le Journal of Sexual Medicine, révèle qui fait quoi, avec qui, et comment. Elle fait plus précisément la lumière sur la prévalence des relations homosexuelles en énorme progression entre 1992 et 2010.


 


Mais quels sont les déterminants de notre orientation sexuelle ? Qu’est-ce qui va faire de nous des homo, bi ou hétérosexuels ?


 

Pour le Pr Jacques Balthazard (8), « Il était temps de rééquilibrer la balance. En dépassant le conflit stupide inné/acquis ou nature/environnement. Car tout est interaction entre les deux. »


Pour lui, on naît homosexuel, on ne choisit pas de le devenir.


Il prouve scientifiquement qu'aucun être humain n'est responsable de son orientation sexuelle, ce qui signifie qu'en la matière culpabilité et culpabilisation sont totalement hors de propos, que ni les parents ni les jeunes qui découvrent leur homosexualité ne sont responsables de cet état de fait, et qu'enfin toute stigmatisation de l'homosexualité par la société ou par les instances religieuses relève de l'obscurantisme.

La recherche scientifique anglo-américaine présente depuis quelques temps un faisceau d'arguments concordants qui suggèrent fortement qu'il faut chercher l'origine de l'homosexualité à un stade pré-natal. Ce sont essentiellement des facteurs biologiques qui détermineraient l'orientation sexuelle des êtres humains.


Les travaux des neuroscientifiques Swaab, Hofman et LeVay, démontraient déjà dans les années 90 des différences anatomiques cérébrales entre hétérosexuels et homosexuels.


 

 


Pour le Dr Philippe Brenot, psychiatre, directeur des enseignements de sexologie et sexualité humaine à l'université Paris-Descartes, l’orientation sexuelle n’est pas un choix.


« L'homosexualité est une variante normale de l'orientation sexuelle humaine, elle se retrouve dans toutes les cultures, plus ou moins acceptée selon les époques. Son origine est par contre complexe et nécessite d'être envisagée sans a priori. Il existe en effet des arguments pour une origine biologique partielle de l'homosexualité (…), cependant, on ne peut pas dire qu'il existe un facteur biologique constitutionnel de l'homosexualité – il n'y a pas d'hérédité à proprement parler de l'homosexualité –, mais peut-être des co-facteurs pouvant jouer un rôle favorisant et, par la suite, une tendance acquise au cours du développement.


La plupart des arguments autres sont d'ordre psychologique et éducationnel. (…) Notre milieu éducatif est fait d'empreintes qui nous marquent, nous façonnent, envers lesquelles nous nous positionnons par attirance ou refoulement. » (10)

 

 


Ainsi, il est désormais établi par de nombreux travaux sur le sujet, que l’homosexualité n’est pas un choix et que son origine est la résultante d’une interaction multifactorielle que, fort heureusement d’ailleurs, nous ne maitrisons pas.


Si nous ne choisissons pas notre orientation sexuelle, à la fois innée et acquise, nous pouvons choisir de bien la vivre et de nous épanouir tel que nous sommes dans le respect des différences individuelles, en dehors de tous préjugés et discriminations.


C’est aussi ce qui fait la richesse d’une société ou d’une communauté.

 


 

Frédéric Daesslé, Infirmier en Santé Publique


 


 



Références bibliographiques :


 

(1) MOSSUZ-LAVAU Janine. Dictionnaire des sexualités. Robert Laffont, 2014, 973 p. (Collection Bouquins)


(2) SPENCER Colin. Histoire de l’homosexualité : de l’Antiquité à nos jours. Pré aux Clercs, 1998, 472 p.


(3) KINSEY Alfred C., MARTIN Clyde E., POMEROY Wardell B., GEBHARD P. Le comportement sexuel de la femme. Amiot Dumont, 1954, 764 p.


(4) KINSEY Alfred C., POMEROY Wardell B., MARTIN Clyde E. Le comportement sexuel de l’homme. Editions du Pavois, 1948, 1020 p.


(5) ZWANG Gerard , WEINBERG Martin S, BELL Alan P. , TETART Genevieve. Homosexualités. Un rapport officiel sur les comportements homosexuels masculins et féminins par l’institut de recherche sexologique fondé par Alfred C. Kinsey. Albin Michel, 1980, 544 p.


(6) MASTERS William Howell, JOHNSON Virginia E., POLGE Robert-Henri, OSUSKY Pauline, MEIGNANT Michel . Les perspectives sexuelles ; homo, bi, hétérosexualité : une ou des sexualités. MEDSI, 1980, 401 p.


(7) BRIKI Malick. Psychiatrie et homosexualité : Lectures médicales et juridiques de l’homosexualité dans les sociétés occidentales de 1850 à nos jours. Presses Universitaires de Franche-Comté, 2009, 232 p. (Collection Thesis)


(8) BALTHAZART Jacques. Biologie de l’homosexualité. Mardaga, 2010, 299 p.


(9) DE LAROCQUE Gonzague. Les homosexuels. Le Cavalier Bleu, 2003, 125 p. (Collection idées reçues)



(10) in Le Monde. L’homosexualité n’est pas un choix. Philippe Brenot. 08.04.2011 


rapport de Kinsey

 

Précédent

Rechercher

© 2015 Tous droits réservés.