Synthèse de 3 mois de discussions sur Internet et esquisses de consensus large (Jürgen Grauling)

11/05/2015 17:31

10 juillet 2014, 19:44

 Contexte : ce texte datant du 30 avril 2014, date-limite initialement fixée pour le dépôt des réactions, avait été rédigé pour faire le point sur le débat sur la page Facebook et pour être adressé à la présidence dans le cadre des réactions sollicitées sur le sujet de la bénédiction.

 

 

 

 

 

UEPAL en débat – bénédiction des couples mariés de même sexe

 

Tentative d’une synthèse de 3 mois de discussions sur Internet et esquisses de consensus large

Par Jürgen Grauling

 

 

Les circonstances de la mise en place de la page Facebook et sa portée

La diffusion du « Manifeste pour un débat serein » était suivi de près par la mise en ligne (4 février 2014) d’une page sur le réseau social Facebook appelée « UEPAL en débat – bénédiction des couples mariés de même sexe » (https://www.facebook.com/benedictionUEPAL) dont j’ai été l’un des principaux animateurs. Créée un peu par hasard pour pouvoir publier ledit manifeste, elle est très vite apparue comme un moyen privilégié pour approfondir le débat public autour de la question de la bénédiction des couples de même sexe. En effet, bien qu’étiquetée plutôt favorable à la perspective de la bénédiction, elle permettait à toutes et tous de commenter les publications et de répondre les uns aux autres.[1]

Cela a obligé les intervenants (auteurs d’articles et commentateurs) à affiner leurs positions et à lever de possibles malentendus. En trois mois, la page a récolté 220 abonnés et certaines publications ont été vues par plus de 1200 utilisateurs Facebook distincts, en outre la page était visible par les non-utilisateurs FB !

 

Le contenu

Malgré une majorité de publications pro-bénédiction jusqu’alors inédites, la page a publié plusieurs prises de position défavorables[2] et intermédiaires[3].

 

Certains articles réagissent au document préparatoire de l’UEPAL (Jean Schwach sur l’insatisfaction qu’a provoquée en lui le document, Jürgen Grauling sur la soi-disant anthropologie biblique, Pierre Thierry sur un manque de données scientifiques et exégétiques), d’autres reprennent des interventions lors de débats publiques (Bettina Cottin, Stéphane Kakouridis, René Lamey), un document tente d’éclairer sur l’état actuel des sciences concernant l’origine de l’homosexualité (Frédéric Daesslé), deux plaident pour une meilleure compréhension et prise en compte des personnes lgbt (Michel Guerrier, Jürgen Grauling sur la conversion du regard), deux sont de l’ordre du témoignage personnel (Jean Schwach, en plus certains commentaires à des articles), un autre de l’ordre du plaidoyer en faveur d’un respect mutuel (Jürgen Grauling sur les diverses positions). La page a également contribué à faire connaître le document préparatoire et la tenue des débats publics dans différentes paroisses, ainsi que diverses parutions dans la presse locale et nationale.

 

La maturation du débat, grâce à l’entrée en dialogue exigeant

En fait, le dialogue avait été entamé bien en amont sur Internet. Il a commencé avec la publication des « 95 thèses pour l’accueil des minorités sexuelles », mises en ligne le 14 novembre 2012 sur le site du Christianisme social[4], prenant le contre-pied de la prise de position du Conseil de la FPF du 13 octobre 2012 sur le projet de loi dite « du mariage pour tous ». Prônant un accueil sans discrimination aucune, le document avait donné lieu à des échanges très fournis avec des internautes (plus de cent commentaires, souvent longs) où les rédacteurs des thèses, notamment Richard Bennahmias et moi-même, avaient fait le choix de répondre systématiquement en ciselant leur pensée. Le même état d’esprit a prévalu à la mise en place de la page Facebook. Le sérieux et la patience de la démarche ont obligé d’éventuels contradicteurs à approfondir leur propre réflexion.

D’apparentes évidences qui n’avaient jamais été remises en question perdaient tout à coup de leur superbe. Il ne suffisait plus de dire : « La Bible condamne l’homosexualité ! », mais il fallait s’interroger sur les raisons qui empêchent de prendre autant de distance historico-critique d’avec les rares passages condamnant l’activité sexuelle entre personnes du même sexe que nous le faisons sur d’autres questions. Il s’agissait tout à coup de prendre en compte le changement de paradigme que constituent la dépénalisation, puis la « dépathologisation » (OMS 1992) des minorités sexuelles opérées tout de même depuis des décennies. Face au rejet pur et simple d’une « perversion contre-nature », nous avons interrogé les fondamentaux d’une vie de couple et le rapport souvent tabou ou honteux de certains à leur propre sexualité. Des phantasmes (« Les homos ont une vie débridée » ; « l’homosexualité est un choix » ; « l’homosexualité peut être guérie » etc.) n’ont pas résisté à des témoignages et des faits scientifiques. Pour répondre à l’argument de la « quantité négligeable » (« cela ne concerne donc qu’une infime minorité … »), la nécessité d’un accompagnement pastoral et de l’accueil inconditionnel (CPLR 2004) des personnes LGBTI et croyantes, en couple ou non, a été mise en lumière …

 

<p>Bilan (forcément quelque peu subjectif) au bout de trois mois de fonctionnement, à l’heure des synthèses à transmettre à la présidence de l’UEPAL</p>

En résumé, il me semble qu’Internet et le débat, patient et exigeant, serein et passionné, que nous y avons mené ont permis de mûrir les argumentations des uns et des autres. D’aucuns, malheureusement, resteront arcboutés sur des certitudes et leurs préjugés (voir p. ex. Laiblé sur la « guérison » et dans une nouvelle réponse la généralisation de comportements « vicieux » dont il aurait fait l’expérience dans le passé et qui ne sont pas l’apanage exclusif de l’homosexualité …). Nous avons obtenu des prises de positions mesurées qui tout en refusant la bénédiction publique des couples de même sexe par une certaine « fidélité biblique » ou par souci d’un maintien traditionnel des « repères sociétaux », s’accordent sur le fait que l’accueil pastoral doit se faire sans discrimination et sans pression aucunes. Stéphane Kakouridis, dans une réponse toute récente à un article, va même jusqu’à dire : « Pour moi, prier avec des couples mariés de même sexe, c'est avant tout prier pour que le Christ fasse route avec eux et que la joie du Seigneur soit leur force ... sans jugement, sans pression et sans manipulation de ma part ... dans le respect. »

 

La maturation du débat obtenue, quelque peu en accéléré, sur les réseaux sociaux n’est certainement pas encore au même niveau dans l’ensemble de l’UEPAL, ni en ce qui concerne les pasteurs (malgré un résultat très favorable lors de la pastorale générale du mois de mai 2013, où une très large majorité semblait prête à procéder à des bénédictions de couples de même sexe) ni en ce qui concerne la base. Mais si la base accepte de cheminer et de prendre à bras-le-corps la question de l’accueil des couples de même sexe et des personnes LGBTI, j’ai bon espoir à ce que l’ouverture aille en grandissant.

 

<p>Deux possibles « consensus larges » pour l’Assemblée de l’Union</p>

Dès lors, les contours d’un « consensus large » se dessinent :

 

1ère possibilité : sur la base d’un côte-à-côte respectueux, tel que je l’ai esquissé dans mon article : « Pour ou contre, respectons-nous ! », avec la possibilité pour les pasteurs favorables d’organiser des bénédictions et pour ceux qui ne le sont pas de trouver une autre forme d’accueil pastoral. Cette solution correspond à des décisions prises dans d’autres Eglises occidentales, respecte toutes les positions et permet de répondre favorablement aux couples mariés de même sexe qui ont d’ores et déjà commencé à demander une bénédiction nuptiale.

 

2ème possibilité : sur la base d’un report de la décision sur la question-même des bénédictions, tout en actant un vrai accueil inconditionnel et des individus et des couples LGBTI. Ceci est important !

Si d’un côté, l’instauration de bénédictions peut paraître inopportune pour le moment à l’Assemblée de l’Union du mois de juin, il est indispensable de ne pas décevoir une nouvelle fois la communauté LGBTI. Jusqu’ici, le vœu de 2004 d’un accueil inconditionnel est largement resté lettre morte, faute de contenus concrets. Un rejet ou un simple report sine die de la question aurait un effet démobilisateur désastreux sur nos paroissiens homosexuels qui se sont mis à entrevoir une lueur d’espoir par l’ouverture du débat et la qualité des échanges, et sur Internet et dans un certain nombre de débats dans les paroisses et autres lieux d’Eglise.

 

Donc : si report il devait y avoir, il paraît indispensable pour l’Assemblée de l’Union d’indiquer une date pas trop lointaine à laquelle la question des bénédictions serait impérativement remise à l’ordre du jour (2017/2018), de condamner fermement tout acte d’homophobie religieuse, d’adresser une exhortation claire aux pasteurs et aux lieux d’Eglise afin d’accueillir et d’accompagner favorablement les couples de même sexe, et à les intégrer ouvertement dans la vie paroissiale, et à poser des actes visibles pour l’accueil inconditionnel des personnes LGBTI. Enfin, je suggère l’instauration d’un observatoire indépendant du Conseil de l’Union que toute personne LGBTI pourrait saisir pour enquête, si elle considère être victime de discrimination, et qui serait chargé de présenter un rapport annuel public adressé à l’Assemblée de l’Union.

 

Sélestat, 30 avril 2014

 

Jürgen Grauling, pasteur

 

 

 

 

[1] D’autres pages se sont contentées de publier des textes, notamment les deux pages créées dans le cadre du débat dans l’EPUdF. http://benediction.info (défavorable) mise en ligne fin janvier (sans que j’en connaisse l’existence au moment de la création de UEPAL en débat). Entre temps une seconde page EPUdF, favorable elle, a été créée : http://benissons.fr. Regards protestants a également lancé un débat sur son site, mais les temps de modération étant longs, le dialogue ne s’y approfondit pas. On assiste plutôt à une juxtaposition d’arguments et d’opinions de valeur inégale : http://regardsprotestants.com/debats/les-eglises-doivent-elles-benir-les-couples-homosexuels.

 

 

[2] notamment celle de Bernard Laiblé,  très violemment contestée, -  le groupe à l’origine du manifeste a d’ailleurs rédigé une réponse circonstanciée, également publiée sur le site « Sur la forme et sur le fond, nous disons NON » -, mais aussi celle très nuancée de Stéphane Kakouridis, se heurtant tout de même à un certain nombre d’interpellations.

 

 

[3] Amaury Charras, en faveur d’une reconnaissance de la réalité des couples de même sexe, sans acquiescer à une bénédiction proprement dite

 

 

[4] http://www.christianismesocial.org/protestants-pour-le-mariage-pour-268.html

 

 

 

 

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